LECTURE DE PORTFOLIOS

                                                                           page 4 avril 2020

Voici quelque chose de terrible. Une peste !

Comme les appels à candidatures ne suffisaient pas, on a créé les lectures de portfolios. Celles-ci sont toujours payantes.

Si j’ai bien compris, on conseille à ceux qui n’ont pas été pris dans les appels à candidatures de se présenter aux lectures de portfolios pour que des « experts » leur expliquent le pourquoi ! J’ai l’air de plaisanter, mais réfléchissons ensemble !

   On rencontre souvent ces experts dans des festivals de photos. Ils s’installent à une table et reçoivent les clients, les photographes, dossier sous le bras, sur rendez-vous. Bien sûr, il a fallu s’inscrire auparavant. Si ces rencontres se font avec un seul expert, cela facilite la tâche, mais, la plupart du temps, il y en a plusieurs et l’artiste doit faire un choix. À condition que l’expert choisi soit disponible… Sinon, on prendra ce qui reste. Qui sont ces experts ? Des connaisseurs, disent-ils ; souvent des photographes, déjà émergés si possible, des commissaires d’expositions ou des galeristes. Certains, sans aucune formation sur le sujet, se proclament vite experts. Et pourquoi pas dieux ?

   Arles, Arles et Arles !!! Tu n’as pas fait Arles ? Il faut, vraiment !  Sinon, quoi ? Une petite anecdote. Il y a quelque temps, une « plus qu’experte » - c’est le niveau supérieur - en photographie m’a conseillé d’aller à Arles pour y présenter mon dossier ; en l’occurrence c’était la série l’Aveuglement. Je devais donc payer le voyage, l’hôtel, prendre des rendez-vous avec des experts, plusieurs si possible pour optimiser mes chances : les tarifs vont de 50 à 200 euros le passage (non, pas la passe !), selon la notoriété de l’expert. Conclusion : si tu ne montres pas ton travail à ces experts et si tu ne vas pas à Arles tu es mort(e) ! Chronique d’une mort – celle d’un artiste - annoncée.

Arles Off (nous pouvons comparer cela à Avignon Off). Il y a ceux qui jouent dans la cour des grands et les autres. Ces autres-là sont la proie des profiteurs, qui leur louent un espace minuscule ou une petite boutique à des prix souvent exorbitants, en fonction de l’emplacement. Parfois, plusieurs artistes se réunissent pour louer ensemble et payer moins. N’est-ce pas génial ? Pourquoi devrait-on cautionner tout cela ? Je suis sûre que certains font de belles rencontres, qu’ils vendent un peu... Mais c’est à nouveau la loi du plus fort : tu es bien placé, tu as peut-être de la chance, sinon… Heureusement, Arles est une très belle ville et il fait généralement très beau !

   Je me suis présentée une seule fois à une lecture de portfolios. Ce n’était pas à Arles, et la lecture n’était pas réservée aux photographes. Je savais d’avance à qui j’allais m’adresser, et j’ai été prise parce que j’avais un « piston ». Sur le moment, j’étais heureuse, mais plus tard, en parlant avec d’autres artistes, j’ai eu honte, je l’avoue, mais au moins, maintenant, je sais !