SALONS

                                                               page 6 avril 2020

 

   Un bon bizness, c’est de s’occuper des artistes pas connus et qui veulent le devenir, gagner un peu d’argent – cela est très louable –, mais qui n’ont pas de galerie et donc pas d’autre moyen d’exposer que dans les salons. Actuellement, les Art3f explosent, se multiplient, il y en a dans toutes les grandes villes de France. Je ne cite que celui-ci car j’ai failli y exposer une fois : j’ai reçu une très alléchante proposition pour le premier salon Art3f qui se tenait à Paris, Porte de la Villette, à côté de chez moi. Bien sûr, ils connaissaient mon travail, qu’ils adoraient, d’ailleurs ils ne contactaient que les « bons artistes » et pensaient que j’avais ma place dans ce salon haut-de-gamme ; ils m’avaient découverte à MacParis et me proposaient un prix très avantageux, rien que pour moi. Je crois que c’était 800 euros pour 6 mètres carrés, sans éclairages, cela, je le payais à part… Évidemment, et cela va de soi, en exposant dans un salon comme celui-ci, tu seras vue par des milliers de gens, tu trouveras une galerie, tu pourras rembourser ton stand pour te payer le prochain ! Ah ! Quand même, il faut exposer des œuvres vendables, petites et à bas prix… Alors on y croit ! Voilà les affaires qui se multiplient, et c’est toujours les mêmes qui paient ! Je n’ai pas participé à ce salon, mais je suis allée voir. Je me garde bien de dire ce que j’en ai pensé. Profiter des artistes en difficulté pour gagner de l’argent me semble ignoble !

   J’avoue avoir participé au Salon de la Bastille (Grand Marché de l’Art Contemporain) à ses débuts. Le prix du mètre carré était très raisonnable et un nouveau marché s’ouvrait pour les artistes. J’y ai beaucoup vendu, à des collectionneurs qui le sont restés pendant longtemps, et dont certains le sont encore ; j’y ai rencontré des artistes que je continue à fréquenter ; j’ai voyagé aussi : Bruxelles, Berlin, Lille… J’ai arrêté d’y participer quand cela a commencé à dégénérer, dans le sens où il y avait à chaque salon plus de 600 artistes et où, du coup, la qualité… Ce salon existe encore, je crois, et maintenant le prix du mètre carré est aussi élevé que pour Art3f.

   J’ai fait des salons au début de ma carrière. Cela se passait au Grand Palais, le Grand Palais d’avant, pas celui qui regroupe tout en même temps. Nous payions 150 ou 200 francs. Avec Catalogue. Les organisateurs étaient la plupart du temps des artistes, et non des hommes d’affaires.

   Je ne pense pas être nostalgique. J’ai simplement beaucoup de chance d’avoir connu une autre époque.