FOIRES DE LA PHOTOGRAPHIE

                                                              page 6  avril 2020

   Nous savons qu’il y a chaque année à Paris une Grande Foire de la Photographie, mais ce n’est pas d’elle que je vais vous parler car, comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, je ne joue pas dans la cour des Grands !

   Je vous parlerai de l’autre Foire. Je l’appellerai la Foire Rouge, c’est le nom qui me vient. Celle-là, je la connaissais bien et je la voulais ! Je voulais la voir du dedans, et la petite anecdote suivante m’a fait croire que… Un jour, Madame Rouge est venue à ma rencontre : elle avait découvert une de mes photos qui, selon elle, conviendrait parfaitement à l’affiche de sa Foire. Quelle déception quand elle a su que je n’avais pas de galerie ! Pouvais-je en trouver une ? Mais vite ! Non, Madame Rouge, je n’allais pas me mettre en quête, dans l’urgence, d’une galerie. Pourquoi elle-même ne l’a-t-elle pas fait ? Je l’ignore, car je sais aujourd’hui qu’elle avait ce pouvoir, tout comme elle avait le pouvoir d’exposer ma photo à titre personnel. Il se peut tout simplement qu’elle ait eu une envie soudaine qui a disparu aussi brusquement qu’elle était venue ! Mais quelle blague, n’est-ce pas ? Cela m’a donné encore davantage l’envie d’exposer lors de la prochaine édition de la Foire Rouge, de le faire avec une galerie et, têtue comme je suis, je me suis débrouillée pour y parvenir et y exposer la série que je voulais exposer : l’Aveuglement. Là, j’ai pu voir de près, de très près les organisateurs, les exposants, les magouilles. J’en ai vu, des photos ! Et voici la conclusion à laquelle je suis arrivée : si, dans l’Art en général – peinture, sculpture, dessin, installations, etc. –, il est encore possible de distinguer la technique, le savoir-faire, la matière, la couleur, la recherche, l’imagination, c’est plus difficile pour la photo contemporaine. Les repères ne sont pas les mêmes, c’est plus trompeur. Qu’est-ce que l’on voit en premier dans ces lieux ? Le format, la qualité du tirage, le support… Le sujet ne vient qu’après. Par exemple : tirage sur un bon support, 150 x 120, cadrage correct, couleurs bien pétantes, si possible ; accrochage sur un mur gris, ou noir, dans un entourage bien pensé par les organisateurs. Le sujet de la photo ? C’est vrai, j’oubliais : une femme assise au bord d’une piscine. Que nous raconte, cette photo ?

   Les galeries ont loué des stands, plus ou moins grands, plus ou moins bien placés selon leurs moyens ; mais le fin du fin, ce sont les salons de l’amateur d’Art. (L’année où ils ont été imaginés par Madame Rouge, j’ai trouvé l’idée intéressante : il s’agissait d’accrocher quelques photos aux murs d’un salon reconstitué avec des meubles design, ce qui crée une ambiance agréable et met les photos en valeur. Ensuite, comme souvent, l’ambition de faire plus, toujours plus, a tué l’idée de base.) C’est là que nous allons retrouver la photo que j’ai décrite plus haut, dans cette mise en scène parfaite pour le jeune collectionneur qui commence à avoir un bon salaire, plutôt celui d’un riche… Les nouveaux collectionneurs sont guidés par les organisateurs qui font le tour de la Foire Rouge avec eux, s’arrêtant là où ils savent qu’il faut s’arrêter. Pour les journalistes et le reportage qu’ils feront ensuite, c’est la même chose.

   Il paraît qu’il faut exposer au moins trois fois pour être vraiment repéré par les organisateurs et par les collectionneurs. Si la galerie a de la chance – ou du piston –, tu auras un jour une œuvre dans les salons de l’amateur d’Art. Comme je me suis beaucoup promenée, j’ai pu parler avec des artistes ou des galeristes que je connais ; je suis curieuse par nature et je pose des questions, cela me sert pour écrire chez moi.

   Alors qu’est-ce que je fais là, sinon voir une réalité qui me fait vomir. D’ailleurs, après cette Foire, j’ai été malade.

   J’ai vu de belles photos aussi, rencontré des artistes pleins de talent. Je ne mets pas tout dans le même panier. Mais c’est toujours la loi du plus fort ! Nous vivons dans ce monde-là, et il est difficile d’y échapper.

   Non, je ne suis pas faite pour cette compétition, ni pour les autres d’ailleurs.